FEMMES, SOYEZ SOUMISES A VOS MARIS…

Ça va être long, un peu

Ce verset biblique est surabondamment utilisé actuellement à l’appui de l’appel ‘’mondial a la soumission des femmes’’. On a l’impression que beaucoup de personnes dans notre écosystème viennent de le découvrir. J’en suis même très étonné. Ça montre combien on est bien en retard dans ce domaine aussi. Et plus étonnant encore, les arguments qui ont été évoqués, discutés et clôturés ailleurs sont ceux que des gens se découvrent ici avec émerveillement… Et comme beaucoup ne lisent pas et n’ont pas appris à réfléchir par eux-mêmes, ils et elles s’abandonnent à des réflexions profondément légères qui valident leur propre crétinisme ou qui les trainent à la laisse patriarcale.

On a l’impression que c’est en Afrique que la Bible a été écrite. Les anti-droits, les anti-genre, les antiféministes… la maîtrisent à un tel point. Malheureusement, c’est uniquement sur ce sujet visiblement…

Bien sûr, l’apôtre Paul a bel et bien écrit en Eph.5 :22 « Que les femmes se soumettent à leurs maris comme au Seigneur ».

L’ARGUMENT

Analysons le contexte du verset. D’abord l’auteur. Paul (je l’aime beaucoup), pharisien, c’est-à-dire membre du plus important mouvement religieux et politique en Israël au moment où Jésus était sur terre. Ce mouvement prônait le strict respect de la loi mosaïque (les 5 premiers livres de la Bible) et de la tradition orale. Docteur de la loi juive et un érudit de la tradition hébraïque, il a été fait apôtre plus tard et possédait toujours les séquelles de ce avec quoi il a été socialisé, ce qu’il pratiquait et enseignait avant d’être converti. Et qu’est-ce qu’il pratiquait avant ? Ceci nous amène à l’environnement social du verset.

Deux évènements de la Bible dans lesquels Jésus lui-même était directement impliqué nous donnent de précieux détails :

  • Au cours d’une de ses journées ensoleillées de prédication sur la terre, Jésus s’est retrouvé à discuter avec une femme samaritaine, pendant que ses apôtres étaient partis chercher à manger. Jean 4:27 dit qu’après un moment, « ses disciples arrivèrent, et ils furent surpris parce qu’il [Jésus] parlait avec une femme ». Pourquoi les disciples étaient-ils étonnés qu’il parlait avec une femme ? Parce que les juifs (hommes) n’adressaient pas la parole aux femmes en public. C’est une terrible humiliation pour eux que de discuter avec les femmes à qui ils ne reconnaissaient aucune valeur. Vous pouvez faire des recherches là-dessus. Même dans les synagogues, ils se sont organisés pour que les femmes restent loin derrière et des fois même dans des salles séparées pour que leur impureté (celle des femmes) ne les souille pas. C’était d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les pharisiens n’avaient aucun respect pour Jésus parce qu’il traînait avec tout le monde y compris des femmes qui faisaient parties de ses amis proches. Et Paul avait enseigné et pratiqué cela avant de devenir apôtre.
  • Un autre jour, justement les pharisiens, amenèrent une femme prise en flagrant délit d’adultère à Jésus pour le mettre à l’épreuve, a dit la Bible. Leur loi disait, en effet, qu’une telle femme devrait être lapidée à mort. Donc ils voulaient savoir si Jésus allait respecter leur loi ou pas pour l’accuser. Nous connaissons la réponse de Jésus : « Que celui qui n’a jamais péché, la lapide en premier ». Ils étaient tous partis un a un avec leur courte honte et le derrière très lourd. Ce qui nous intéresse dans cet événement est la question suivante : où était l’homme avec qui la femme commettait l’adultère ? Il était connu puisque le récit dit que la femme a été attrapée en train de commettre l’adultère. Donc c’était en flagrant délit. Ce n’était quand même pas avec elle-même. Donc la loi juive de l’époque punissait de peine capitale seules les femmes pour une faute commise nécessairement avec des hommes. Et de surcroît ce sont les hommes qui font la cour aux femmes et si elles refusent, ils insistent. Et quand la femme accepte finalement et que le fait reprochable est commis et su, c’est la femme seule qui en supporte les conséquences, y compris la peine de mort. Le cynisme dans toute sa malheureuse splendeur. Malheureusement, cette attitude existe encore aujourd’hui. Les femmes qui ont découché sont moquées, insultées y compris par d’autres et chassées de leur foyer alors que les hommes bombent le torse. Nous y reviendrons…Et Paul enseignait et pratiquait cela aussi.

Ces deux histoires montrent le niveau de discrimination qui régnait à l’époque dans la société juive. C’était donc avec cet héritage que Paul est devenu chrétien et joué un grand rôle, sous inspiration divine, dans l’expansion du christianisme. Et l’apôtre Pierre aussi d’ailleurs.

Voilà donc le contexte de ces versets. Cela devrait donner à réfléchir.

Dieu approuvait-il tout cela ? Pas si sûr. C’est même très peu probable. Retrouvons Jésus dans une de ses discussions chaudes et accusatrices (à raison, bien entendu) avec les pharisiens, toujours eux. Il leur a fait la remarque suivante contenue en Marc 7 :9 et 13 :  » 9 Vous mettez habilement de côté le commandement de Dieu pour suivre votre tradition…13 De cette façon, vous videz la parole de Dieu à cause de votre tradition, que vous transmettez aux autres. Et vous faites beaucoup de choses de ce genre. » Remarquez que Jésus leur dit qu’ils transmettaient leurs traditions à la place de la parole de Dieu, et ce n’est pas dans un seul domaine : ils faisaient beaucoup de chose de ce genre… C’est pour cela d’ailleurs que c’était étonnant que les apôtres soient étonnés de voir Jésus parlant avec la femme samaritaine, puisqu’au su et au vu de tous, Jésus avait des amies femmes (comme les deux sœurs de Lazare, Marie Madeleine…) Mais les apôtres étaient restés bloqués sur leurs traditions et ne voyaient pas ce que leur Maître leur montrait. Et ils ont fait ça sur plusieurs sujets. Et le christianisme a bien évidemment été influencé par cette attitude des apôtres.

Maintenant prenons un autre aspect de cet argument religieux.

  • En 1Tim 2:11 Paul écrit ceci: « Que la femme apprenne en silence, en toute soumission. 12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner ou de dominer sur l’homme, mais elle doit garder le silence. » Les pro-soumission, vous n’avez jamais lu ces deux versets ? Si non, pourquoi ? Et si oui, comment il se fait que vous ayez des femmes pasteures, évangélistes… dans vos églises ? Comment il se fait que les femmes dans vos églises ne s’assoient pas silencieusement pour écouter que les hommes parler durant tout le culte et tous les cultes ? Pourquoi les épouses de vos pasteurs ont autant de pouvoir dans vos églises ? Pourquoi elles montent, pourquoi vous les femmes soumises vous montez sur l’estrade pour enseigner, lire, traduire, chanter, conduire l’adoration… ? Parler en langue, c’est du silence ça ? Mais c’est Paul qui a écrit ça aussi et cela se trouve dans la Bible. Cela mérite réflexion, n’est-ce pas ?
  • Onésime était un esclave, propriété de Philémon, qui, lui, était un chrétien et ami de Paul. Onésime avait fui son maître pour se réfugier chez Paul à Rome. Après l’avoir converti, Paul a renvoyé Onésime à son maître et lui en prenant bien le soin de lui demander de ne pas le recevoir seulement comme esclave mais aussi comme frère maintenant. Paul, juriste et juste, ne pouvait pas garder le ‘’bien’’ d’autrui. Ne pouvait-il pas demander à son ami d’affranchir cet esclave ? Non. Parce que visiblement, l’objectif poursuivi par Paul et Dieu finalement, c’est d’appeler les gens à un monde nouveau, ce n’était pas de régler les problèmes sociaux ou de renverser l’ordre social de l’époque ni d’aucune époque d’ailleurs. La preuve, Paul, toujours lui, a écrit plus tard en Col. 3:22 « Esclaves, obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres ». Donc même si vous étiez esclaves avant de devenir chrétien, vous poursuivez tranquillement votre vie d’esclave. Si votre maitre se converti aussi, il peut étendre l’amour fraternel (en Christ) a ce domaine de vos rapports. Il ne devrait probablement pas en être obligé (corrigez-moi le français). A cet égard, voici une question : aux personnes qui soutiennent la soumission des femmes comme étant une prescription de la Bible, concevez-vous aujourd’hui l’esclavage comme institution sociale et êtes-vous prêtes à le défendre ou même à le ramener parce que l’apôtre Paul a demandé aux esclaves d’être soumis à leurs maîtres donc cela devrait être bon pour les chrétiens ? Cela aussi mérite réflexion, n’est-ce pas ?

LA SOUMISSION.

Le dictionnaire de l’académie française indique que le mot a été forgé seulement 14e siècle (submission) et est devenu soumission au 17e. Parenthèses : et si le terme utilisé en Grec ancien et Araméen, langues des premières versions originales du Nouveau Testament, ne signifiait pas ‘soumission’ ? Puisqu’au 13e siècle le patriarcat avait déjà infecté et infesté la vie sociale, politique, religieuse, économique… bref. Reprenons. Le terme est emprunté du latin submissio, qui signifie « abaissement, infériorité », lui-même dérivé de submittere, c’est à dire « envoyer dessous, mettre dessous ». Cette dernière partie montre que la soumission n’a rien de naturel, que ce sont les humains qui ont décidé qu’une partie de l’humanité devrait être soumise à l’autre. C’est un fait social c’est dire une action humaine, mue par la volonté humaine.

Quels sont les enjeux liés à cette institution ? Qu’est-ce qu’on y gagne ou on y perd en soumettant ou en se soumettant ? Parce contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, il ne s’agit pas seulement d’une simple discussion, peut être intellectuelle, qu’on fait autour d’une bière, dans un talkshow ou par media sociaux interposés. Il y a des intérêts stratégiques inimaginables qui l’entourent.

La soumission veut donc dire l’action de soumettre quelqu’un ou le fait de se soumettre à autrui, de se ranger sous sa puissance, son autorité.

A cet égard, le mot soumission met en mouvement le mot pouvoir au sens plein du terme. Et qu’est-ce donc le pouvoir ? Le pouvoir c’est la capacité et la possibilité à faire des choix. Faire des choix pour soi-même et/ou faire des choix pour autrui. Lié à la soumission, le pouvoir devient la capacité et la possibilité d’imposer ses choix à autrui, à la personne qui est soumise. 

Alors qu’est-ce que les hommes gagnent en soumettant les femmes ou lorsque les femmes se soumettent à eux ? De manière générale et sans détails (ce texte est trop long), ils exercent l’autorité sur les femmes : c’est l’homme qui fait la cour a la femme, si la femme le fait… ; c’est lui qui prend toutes les décisions dans la maison, c’est lui qui contrôle les ressources de la famille (qui va utiliser la ressource, comment on va l’utiliser, quand on va l’utiliser, comment on va s’en débarrasser) ; il exerce un contrôle sur le corps de la femme et décide quand le couple doit avoir un rapport sexuel ou pas. Il décide des mouvements de la femme : là où elle doit aller ou pas, ce qu’elle doit porter ou pas, avec qui trainer ou pas… Tiens, sur ce point, un pasteur célèbre en Afrique a dit récemment que la soumission et le respect de sa femme a son égard signifient que quand il revient à la maison d’une sortie, sa femme n’a pas le droit de lui demander d’où il venait ou pourquoi il est rentré tard, mais que lui, il a le droit de le faire…L’homme garde son prestige et est respecté par sa maisonnée et la société. S’il se laisse dominer par sa femme, il n’a pas droit a la parole en public, d’ailleurs il ne viendra même pas à la place publique, il a honte, il est émasculé. Toujours à propos des finances, si l’homme n’a pas d’argent, la femme doit lui remettre l’argent à donner aux enfants, pour que ceux-ci continuent de respecter leur papa. Il a le droit de ‘’corriger’’ sa femme et de la ‘’punir’’ y compris par des coups et blessures. Il peut même la ‘’corriger’’ en public, la femme ne devra rien dire… Il peut la renvoyer et en épouser une autre, en avoir plusieurs a la fois ou avoir des bureaux extérieurs… L’on comprend mieux que la question n’est pas aussi simple que certaines personnes voudront le croire et le présenter.

Mais voyons du côté de la femme aussi. Que gagne la femme qui se soumet ou qui est soumise (cela peut être involontaire) ? Elle est acceptée par la société, elle trouve un (bon) mari. Elle n’a pas à prendre des décisions. Si elle gagne de l’argent, elle peut le garder que pour elle-même. Elle ne fait pas de dépenses à la maison. Ce dernier point est une illusion pour la grande majorité des femmes (pas toutes). Elle est en paix. Sérieusement ? Avec des coépouses connues ou pas, des corrections à la volée, des sorties contrôlées sans réciprocité, des rapports sexuels imposés… ? C’est vrai qu’on a une définition spéciale de la paix dans ce coin du monde. L’homme la protège. Contre quoi ou contre qui concrètement ? Vous voyez d’autres avantages ? La liste est moins longue ici. Mais qu’à cela ne tienne. Donc si vous êtes féministes et vous vous demandez pourquoi des femmes acceptent de se soumettre et défendent même la soumission, voici. Il y a toujours des intérêts.

Que perd l’homme avec la soumission de la femme ? Ah oui, bien sûr, il y a quelques inconvénients : il est obligé de prendre des décisions pour plusieurs tout le temps, il a une pression sociale trop forte le poussant à réussir par tous les moyens et l’entrainant dans des activités peu recommandables. La quasi impossibilité pour lui d’entretenir une relation saine et équitable avec non seulement la femme, les hommes mais aussi lui-même. En effet, la volonté de dominer ne s’arrête pas qu’a l’égard de la femme, croyez-moi (ou pas). Elle (la volonté) sort de la maison et se transforme en relation de compétition et de rivalité avec les autres hommes. L’espérance de vie des hommes est plus faible que celle des femmes dans la plupart des pays du monde. Allez savoir pourquoi. Rallongez la liste si possible.

Mais c’est la femme qui perd le plus. Pour commencer, transformez, autant que possible, tout ce que l’homme a comme avantages ci-dessus en désavantages pour la femme. Ensuite, il s’est fait que décider que la femme soit soumise à l’homme signifie, pour la société, de mettre en place des normes qui permettent d’arriver à cette fin. En voici un florilège. La femme ne doit pas être plus riche que l’homme, en tout cas elle ne doit pas le montrer. La femme ne doit pas exercer un travail plus important et ayant plus de pouvoir que celui de l’homme, cela a entrainé ce qu’on appelle la division sexuelle du travail et la théorie de la complémentarité. La femme ne doit pas avoir été plus à l’école que l’homme, conséquence, l’éducation des filles reste un combat. La femme ne doit pas être plus forte physiquement que l’homme, c’est une menace pour lui. Elle ne doit pas être plus grande de taille que lui. La femme doit supporter tous les dérapages sexuels de l’homme, juste parce que c’est un homme. Si elle décide de divorcer, elle est insoumise. Si on la voit deux fois avec le même collègue au déjeuner, il y a forcement une affaire. Un procès pour divorce peut commencer. La femme du pasteur doit se montrer digne. Sinon sanction immédiate. Soit. Mais si c’est le pasteur qui… on va rappeler à sa femme tous les versets bibliques qui parlent du pardon. On pense même à la réputation du pasteur et au rayonnement de l’église qu’a la douleur de la femme. L’homme a le droit de refuser des voyages professionnels a sa femme, alors que dans l’autre sens c’est juste une information. Si une femme veut se suffire, manger son propre pain, contribuer aux charges du ménage, rouler sa carrière tout comme l’homme le fait, elle est arrogante, insoumise.

Un des principaux arguments (si ce n’est le principal) contre la femme qui n’adopte pas la soumission est la question du mariage. On le balance devant les femmes comme un épouvantail et une fin en soi dans la vie, pour les ramener dans les rangs. Nous sommes toujours à une époque où la femme qui n’est pas mariée n’a aucune valeur. Elle peut avoir tout dans sa vie, mais sans mari, elle n’est rien. Comme c’est cela que veut la société, la grande majorité tait les envies d’insoumise pour valider l’attente sociale. Cela contribue au taux de divorce de plus en plus élevé auquel nous assistons. Cela confirme bien cette réflexion de l’économiste Keynes selon laquelle pour notre réputation, il vaut mieux échouer avec les conventions que réussir contre elles. Relisez la phrase.

L’ENNEMI PRINCIPAL

On l’a vu, la soumission, institution sociale présente des avantages et des inconvénients largement disproportionnés pour la femme et l’homme. De chaque côté, des hommes et des femmes luttent pour en atténuer les effets ou pour l’éliminer tout simplement pour aller vers des relations sociales équitables. Cela veut dire que tous les hommes et toutes les femmes ne sont pas pour. Mais le chemin est encore long et difficile. La raison est que ces femmes et ces hommes qui luttent ont un ennemi commun et principal. Il ne s’agit pas de l’homme. Il s’agit du PATRIARCAT, le système social, politique et économique qui a établi, maintient et pérennise la domination des femmes par les hommes. A cause des avantages et des privilèges qu’ils et elles en tirent, des femmes et hommes vont continuer à le soutenir à leur corps défendant. De l’autre côté, des femmes et des hommes sont prêts à changer mais a cause de l’ignorance pluraliste, hésitent à sauter le pas et pousser pour le changement, le vrai, sans complaisance, sans mais….

L’harmonie dans le couple n’a jamais dépendu de la soumission de la femme, a aucune époque de l’histoire de l’humanité. Ce que vous appelez harmonie n’est qu’un système ou un camp est contrôlé par l’autre avec tous les moyens de coercition que nous connaissons, sans possibilité pour ceux-là de se plaindre si ce n’est en étouffant leurs sanglots dans l’obscurité de leur ventre ou la salive se mélange à leur sang, la langue coupée avec des bruissements plein la tête chaque nuit. Pensez-vous sérieusement que l’absence de révolte est nécessairement signe de contentement dans un pays ? Pas si sûr. Sous les dictatures déguisées que nous avons actuellement en Afrique, par exemple, où les populations sont systématiquement battues, poursuivies, emprisonnées pour avoir contesté la hause du prix du carburant, vous pensez sérieusement qu’à un moment donné si la population ne se soulève plus, cela voudra dire que tout va bien dans le pays ? Si les dirigeants et les observateurs externes appellent cet état de chose la paix, vous qui vivez cela vous y croirez ? Comment voulez-vous que des femmes qui n’avaient pas choisi leur mari, dans un contexte où les liens entre les familles sont plus importants que la vie des femmes, où la parole n’était pas démocratisée comme maintenant, où le culte de la fécondité élevée était à son paroxysme, où les femmes n’avaient droit à aucune ressource qui leur permettrait de vivre seule. Une époque où il était presque totalement impossible pour une femme d’avoir une maison où dormir si ce n’est la maison de son père ou de son mari et que lorsqu’elle se hasarde à quitter le foyer, c’est nuitamment qu’on la ramène, un contexte où à la mort du mari, la femme reste la propriété de la famille qui décide quel frère du défunt va en hériter, sans qu’elle ait l’immense rêve de donner son avis que personne ne lui demanderait jamais…

Dans tous les systèmes sociaux inégalitaires, le pouvoir est le point de contact principal entre l’oppresseur et l’opprimé. De sorte que c’est à cause de l’absence du pouvoir que l’opprimé est sous la domination de l’oppresseur et que, inversement, l’oppresseur peut imposer ses choix à l’opprimé parce qu’il exerce un pouvoir sur lui. Bien sûr, ce n’est pas aussi excessif sur toute la ligne et de plus en plus de femmes peuvent faire des choix dans un certain nombre de domaines, surtout celles qui sont instruites et vivent en milieu urbain. Mais, croyez-moi (ou pas), ‘’C’est une expérience éternelle que tout homme (toute personne) qui a du pouvoir est porté(e) à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.’’ (Montesquieux). Cela voudra dire que si on veut sortir du patriarcat un jour, il n’y a pas d’autres solutions : les femmes doivent avoir le pouvoir, comme les hommes. Il ne s’agit pas de remplacer les hommes par les femmes.

Penser que le couple est un bateau, renseigne suffisamment sur l’idée qu’on s’en fait. Un bateau, c’est un moyen de déplacement mis en service par un individu. Vous pourriez choisir votre destination, mais il a le droit, discrétionnaire, de vous dire qu’il ne va pas dans cette direction-là et vous descendez. C’est lui qui vous fixe son prix, que vous pourriez essayer de discuter, a sa discrétion, encore une fois. Quand vous rentrez dans le bateau, c’est lui qui le dirige, à sa manière, a sa vitesse et par le chemin qui l’arrange lui, au mieux. Le couple n’est pas des briques qu’on superpose. Le couple ce sont deux personnes, disposant de volonté et de droits égaux, ayant la capacité juridique pour s’engager. Chaque couple a deux ailes. Pour bien voler, il doit déployer les deux en même temps et au même niveau, pas l’une en dessous de l’autre.

Une autre relation de couple est possible.

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