« Pour notre virilité, nous refusons de porter le masque rose »

C’est en ces termes que les agents de la police italienne de plusieurs provinces ont protesté contre les nouveaux masques contre le gouvernement qui a eu le « malheur » de mettre à la disposition des agents des masques de couleur rose. Dans un long courrier a qu’il a adressé au chef de la police en guise de protestation, le secrétaire général du principal syndicat policier, Stefano Paoloni affirme qu’il est « nécessaire que l’uniforme soit porté avec dignité et respect.« 

Certains policiers ont déclaré : « Nous les masques roses, on ne les porte pas. Ils ne font pas honneur à l’uniforme« 

Selon certains syndicats de police, il est impossible d’avoir une fonction d’autorité et de pouvoir exercer la sauvegarde de l’ordre public avec des masques roses.

Ainsi donc, à en croire la police, la couleur rose enlèverait à la fonction policière et aux personnes qui l’exercent :

  • Dignité et respect
  • Honneur
  • Autorité et pouvoir

Ces propos confirment, a-t-on besoin de le préciser, que la couleur a une fonction sociale. On savait déjà que dans plusieurs communautés du monde, le noir symbolise le deuil, que le blanc symbolise la paix et le bonheur… C’est pour cela d’ailleurs que les différentes couleurs composant un drapeau sont soigneusement choisies et sont sujets d’interprétation que les enfants apprennent depuis le bas âge dans beaucoup de pays.

Certaines couleurs sont jugées arrogantes, d’autres comme montrant la vivacité d’esprit. Les gestionnaires de ressources humaines peuvent vous dire les couleurs de cravate qu’il ne faut jamais mettre lorsque vous vous présentez à un entretien d’embauche. Les spécialiste communication, relation publique et gestion de crise ont également une idée claire des couleurs qu’il ne faut surtout pas mettre lorsque vous êtes accusé de crime et que vous allez être présenté à un jury. Pour ne pas les agacer, dit-on…

La couleur confére le respect, la dignité, l’honneur et peut matérialiser le pouvoir, la virilité et l’autorité. La couleur bleue jouerait ces rôles. Elle peut aussi, au contraire, signifier la beauté, la tendresse, la délicatesse, la douceur et la fragilité. La couleur rose cristalliserait ces caractéristiques.

Mais saviez-vous qu’il n’a pas été toujours ainsi au cours de l’histoire ? Non ? Ah, venez on va remonter un peu le temps.

En réalité, la fonction des couleurs n’a rien de naturel. C’est l’humain qui en décide. Et comme tout phénomène social, il est dynamique et évolue dans le temps.

Les premiers éléments nous viennent de l’Antiquité grecque. A cette époque, les parents préféraient avoir un garçon plutôt qu’une fille. Car les garçons travaillaient et participaient aux revenus de la famille. A l’inverse, avoir une fille était pénalisant : à part le fait qu’elles sont supposées pas pouvoir travailler dans les champs aussi durement que les garçons, les parents devraient faire des économies pour payer leur dot quand vient le moment de se marier. Eh oui, ce sont les femmes qui payaient la dot à l’époque. C’est pourquoi la naissance des garçons est considérée une bénédiction des dieux. Quoi de plus normal que de les habiller en bleu. Le ciel n’était-il pas leur résidence ?

Au moyen âge européen, on est arrivé à considérer le bleu comme couleur divine de la vierge marie. C’est ainsi que les filles ont commencé à arborer cette couleur, symbole de pureté. Et les garçons ? Eh bien, les garçons portaient le rose, considéré comme une couleur dérivée du rouge, et donc forte et viril. Ce que les policiers italiens ne savaient pas, c’est que les bas de chausse des chevaliers médiévaux était rose ! Il existe même un portrait datant de 1606 d’Henri IV, roi de France et incarnant le dieu romain de la guerre, arborant une tunique rose.

Au XIXè siècle, les enfants étaient indistinctement habillés de rose, de blanc et de bleu, tout comme la robe est mise au garçon et à la fille jusqu’à 6 ans.

La sexualisation des couleurs refait surface en début du XXème aux USA où une revue professionnelle américaine de 1918 recommandait l’usage du rose, « une couleur forte et affirmée » pour les garçons, et jugeait le bleu « délicat et élégant », plus adapté aux filles.

Puis la poupée Barbie sort en 1959… en rose. Son succès planétaire va retourner la différenciation genrée des couleurs dans l’autre sens : les filles porteront le rose, les garçons le bleu.  

Voici donc la manière dont les humains ont manipulé et se sont manipulés le long de l’histoire pour une histoire de couleur qu’il fallait juste porter et se promener…

Si aujourd’hui le rose symbolise l’absence de pouvoir, de respect, d’honneur, d’autorité et tout ce qui va avec ces termes, pourquoi oblige-t-on les femmes et les filles et le porter ? Pour construire et renforcer leur dépendance et absence d’autonomie vis-à-vis des hommes et des garçons ? Pourquoi donc quand une fille refuse de mettre le rose, elle est mal vue ? Parce qu’elle s’insurge contre l’autorité et ne veut pas rentrer dans les rangs et donc dangereuse pour la société ? C’est pourquoi j’ai toujours l’habitude de dire que l’humain ne fait rien au hasard. Il est l’animal le plus rationnel que Dieu ait créer. Donc à chaque fois vous vous demanderez quelle couleur porter, demandez-vous aussi pour vous choisissez celle-ci plutôt que celle-là.

Le principe doit être la liberté de choix.

D’abord pour les parents qui doivent avoir la possibilité de mettre la couleur qu’ils veulent à leurs enfants sans se demander si c’est une fille ou un garçon. Cela signifie que les fabricants de vêtements et accessoires doivent offrir cette possibilité et que les rayons dans les magasins doivent juste être titré « enfants » et pas « filles » ou « garçons »

Liberté ensuite pour les adultes de pouvoir choisir librement la couleur voulue, pour chaque évènement, chaque jour, sans préjugé et sans peur de voir les gens se retourner à leur passage ou les dévisager ou encore baisser la tête, se couvrir la bouche pour cacher leur sourire moqueur.

Dans le cas italien, il est dit que dans le lot de masques offert à la police, seulement un masque sur trois était rose. Donc il y avait d’autres couleurs. Pourquoi on ne laisserait pas juste chaque policier et policière choisir la couleur qui lui plairait ? Il y a certainement des hommes et des femmes qui voudront bien porter le rose au sein de la police !

Au moment où cette polémique grotesque et probablement la police, le syndicat des enseignants a demandé à récupérer les masques roses et les porter. La fonction enseignante n’a-t-elle pas, elle, besoin d’autorité et de respect ? Ou alors a-t-elle moins de pouvoir et d’honneur que la fonction policière ? Les enseignants perdraient-ils/elles leur autorité en arborant les masques roses ? Pas si sûr… En fait, l’honneur, la dignité et l’autorité de la fonction ne dépend pas de la tenue de la personne qui l’exerce. La vice-ministre italienne des Infrastructures Teresa Bellanova la résume si bien: « Le respect pour l’uniforme ne vient pas des couleurs, mais du comportement et du travail des hommes et des femmes qui portent cet uniforme ». Cela vaut pour tous les domaines, sans aucune possible distinction. Sauf erreur.

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