En cas de dépressurisation de la cabine, portez d’abord votre propre masque avant d’aider…
Nous sommes très nombreux à avoir déjà entendu cette phrase. En y réfléchissant un peu plus, je pense personnellement que son sens dépasse celui de son contexte. En réalité toute personne qui veut aider doit s’assurer d’avoir les moyens de le faire sans y laisser sa peau, sans perdre la face et sans être déçue plus tard…
Je vois beaucoup de jeunes aujourd’hui qui ont une vie associative foisonnante avec beaucoup d’engagements en temps, ressources et énergie. Je suis solidaire de cela. Personne ne nous le fera si nous-mêmes on ne se lève pas pour aider notre communauté, agir sur les décisions, changer les choses qui sont en notre pouvoir… Bravo les ami.e.s. Continuons : c’est notre responsabilité.
Mais j’ai une question : avez-vous fini vos études ? Avez-vous terminé votre formation professionnelle ou tout ce que vous faites et qui est censé vous conduire à un emploi salarié ou créer par vous ? Avez-vous consolidé vos expériences ? Avez-vous fini ?
Si la réponse est non, vous courez un grave danger. Vous utilisez vos temps, ressources et énergie actuels pour investir dans les autres et dans votre environnement. Mais croyez-moi, dans quelques années, vous allez avoir d’autres charges et responsabilités : le temps ne vous suffira plus. Votre force et votre énergie vont également diminuer : vous ne pouvez plus faire plusieurs choses à la fois, vous allez devoir sélectionner ce qui vous sera profitable à vous et au cercle très restreint de votre famille. C’est inévitable et c’est la loi de la survie. Vous allez quitter vos parents (pour les personnes qui y sont toujours): les dépenses, ce sera vous et vos ressources maigres et irrégulières ne vous seront plus très utiles.
Il arrivera (très) probablement aussi que vos centres d’intérêt vont changer, évoluer. Vous allez enfin remarquer que ce dont les gens ou même votre communauté ont besoin en ce moment, ce n’est plus votre force ni votre temps, plutôt votre argent et vos conseils basés sur vos expériences. Si en ce moment-là, vous êtes toujours sur le terrain au lieu de faire de l’accompagnement, même les jeunes penseront que vous prenez leur place… Les conseils suivent le principe d’autorité : ils sont plus importants quand ils viennent d’une personne qui a de l’argent ou qui a un diplôme accompagné d’expériences. C’est vraiment dommage, mais c’est la réalité. Ce sentiment n’est jamais gai. Vous allez remarquer que les personnes qui n’ont pas anticipé cette situation deviennent président.e ou membre à vie d’associations besogneuses et qui sont présentes dans tous les réseaux et coalitions pour être sûr d’être invités dans toutes les réunions où il y a perdiem.
Vous pouvez éviter ce désastre en anticipant et en situant chaque chose dans son temps. Comment ? En priorisant vos études et formation ou tout ce qui pourrait vous garantir une stabilité financière dans l’avenir. Je ne dis pas de ne pas avoir d’engagement social ! Les personnes qui me connaissent savent que vie associative, j’en ai depuis longtemps. Et je connais des gens qui en ont aussi depuis longtemps. J’ai l’occasion d’analyser nos situations diverses et d’identifier ce qui a contribué à nos différents parcours…
Nous sommes dans un monde où le diplôme et le savoir-faire technique comptent plus que l’énergie et la volonté. Si vous refusez de l’intégrer, vous allez grandir en faisant la courbette à vos enfants et petits-enfants qui se permettront de vous regarder de haut…
Vous voulez faire carrière dans le social ? Vous devez commencer à financer vos initiatives vous-mêmes avant d’avoir recours aux subventions. Beaucoup de partenaires ne financent plus les coûts de fonctionnement : loyers et accessoires, salaires en dehors des projets, logistiques…
Attention ! Je ne dis pas que toutes les personnes travaillant dans les associations ou ONG sont dans ce paquet ! Il y a des gens qui ont un engagement à vie et qui en sont heureux quel que soit leurs moyens et il y a des gens qui en font profession et qui gagnent bien leur vie. Je ne parle pas non plus de personnes qui ont décidé de faire carrière dans le social et qui y ont investi vraiment mais qui n’ont pas réussi à mobiliser des ressources convenantes…
Vous voulez transformer le monde ? Transformez-vous d’abord vous-même. Quoi que vous fassiez, le changement ne dépend pas de vous seul.e. Soyez-en conscient.e
Portez d’abord votre propre masque avant de chercher à aider les autres…